Philippe, Berger et Escure se foutent de notre gueule ! Il faut un plan de bataille pour leur faire bouffer leur sale réforme !

Philippe, Berger (CFDT) et Escure (UNSA) ont bien mis en scène leur « compromis ». Philippe a rendu public samedi 11 janvier une lettre. De façon ridicule et grandiloquente, Berger et Escure ont crié victoire, en faisant croire que Philippe avait retiré l’âge pivot. C’est une gigantesque fumisterie, une immense arnaque qui suscite l’indignation légitime des grévistes. Se pose la question de « que faire ». Clairement pas ce que nous propose la direction de la CGT, qui nous emmène droit à la défaite !

Berger et Escure s’engagent à trouver une autre manière de faire payer les travailleur.se.s

En réalité, Philippe maintient intégralement « l’âge d’équilibre » du système par points. Autrement dit, le gouvernement fixera l’âge d’équilibre comme variable d’ajustement. Le changement concerne la fixation d’un âge d’équilibre (ou âge pivot) dans le système actuel. Dans la version d’origine, un âge pivot de 62 ans et 4 mois devait être instauré en 2022 pour atteindre 64 ans en 2027, en progressant de 4 mois par an. Cela devait permettre 3 milliards d’économie en 2022 et 12 milliards en 2027. Philippe a décidé de retirer conditionnellement cet âge pivot : les « partenaires sociaux » ont jusqu’à avril pour trouver des dispositifs permettant d’atteindre « l’équilibre » des régimes de retraite en 2027. S’il n’y parviennent pas, Philippe se garde la possibilité de réintroduire cet âge pivot.

Philippe précise bien le cadre de la future « conférence sur l’équilibre et le financement des retraites » : il faut accepter de s’inscrire « dans le cadre des projections du Conseil d’orientation des retraites » et il faut renoncer à toute augmentation des cotisations patronales, au nom de la sacro-sainte compétitivité des entreprises françaises. S’inscrire dans le cadre du COR implique notamment d’accepter la réduction du nombre de fonctionnaires, et donc la réduction des cotisations correspondantes. Cela implique aussi d’accepter que le partage de la valeur ajoutée restera stable, et donc toujours aussi favorable aux capitalistes ! Dans ce cadre, les « syndicalistes » sont donc invités à trouver des modalités alternatives à l’âge pivot pour atteindre le même objectif d’économies. Les « partenaires sociaux » pourront par exemple augmenter la durée de cotisation pour avoir une retraite pleine ou autres dispositifs scélérats. En criant victoire et en acceptant ce cadre, Berger et Escure montrent qu’ils ne sont que des macronards au sein du mouvement ouvrier. Ces gens là sont pourris jusqu’à la moelle.

La stratégie perdante des directions syndicales CGT, FO, Solidaires, FSU et CGC

L’intersyndicale CGC-CGT-FO-FSU-Solidaires a logiquement refusé ce pseudo « compromis » proposé par Philippe. Mais elle refuse toujours de proposer un plan de bataille pour gagner. Organiser des journées d’action (mardi 14 janvier et jeudi 16 janvier) et soutenir les salariés qui décident de reconduire la grève ne constituent pas une stratégie pour gagner. Car pour décider de se mettre en grève illimitée, les travailleurs/ses ont besoin de croire en la possibilité de gagner. Ils ont donc besoin d’un état major qui leur propose un plan de bataille crédible pour gagner. Et c’est ce qui manque cruellement aujourd’hui.

Si les directions syndicales voulaient mener les travailleurs/ses à la victoire, elles feraient les choses suivantes :

  • elles mettraient en place une caisse centrale de grève tout en donnant immédiatement les millions nécessaires aux grévistes de la RATP et de la SNCF. Elles peuvent donner ces millions mais elles ne le veulent pas. Ce serait pourtant un signe fort donné à l’avant-garde du mouvement et par là à tou.te.s les travailleur.se.s : cela leur donnerait le sentiment que les directions syndicales veulent vraiment gagner et cela leur donnerait confiance pour s’engager dans la grève illimitée jusqu’au retrait

  • elles arrêteraient de s’en remettre à la seule décision des travailleurs/ses : elles appelleraient à la grève générale jusqu’au retrait et mettraient leur appareil au service du blocage de l’économie

  • elles arrêteraient d’organiser des « grèves bidon », comme dans la plupart des raffineries. Cela fait par exemple plus de 5 semaines que la raffinerie de Grandpuits est en grève mais elle n’est toujours pas arrêtée. Pourquoi ? Parce que la direction de CGT-Chimie a permis que de l’essence sorte des raffineries, ce qui a permis de vider les cuves, et donc de continuer la production ! La direction de CGT refuse d’organiser la pénurie d’essence ou paye ses choix politiques des derniers mois (notamment avec l’organisation de deux grèves très longues à Feyzin et Donges à l’automne, avant le 5 décembre). Est-ce comme ça qu’on peut gagner ?

Construire une direction démocratique de la grève : une urgence !

Cela fait plus de 5 semaines que les agents de la RATP et de la SNCF font une grève héroïque, malgré tous les obstacles mis par les bureaucraties syndicales. Le spectacle répugnant donné par Philippe, Berger et Escure ce samedi va inciter les grévistes à continuer la grève la semaine prochaine, pour ne pas leur donner raison.

Mais ils ne pourront pas continuer cette grève éternellement, il faut donc d’urgence apporter des réponses à l’impasse actuelle. Car en l’absence de ces réponses, les travailleurs/ses ne croient plus en la possibilité de gagner. Or, pour s’engager réellement dans un combat dur et acharné, on a besoin de croire en la possibilité de gagner.

Une politique simplement activiste, comme le propose la « coordination RATP/SNCF » (où malheureusement il n’y a presqu’aucun délégué.e.s d’AG porteur.euse d’un mandat) exprime la juste détermination à se battre jusqu’au bout, mais ne nous semble pas pouvoir ouvrir une issue : les actions sont utiles pour maintenir la grève vivante et l’imposer dans l’agenda médiatique, mais elles ne peuvent pas permettre à elles seuls de surmonter les obstacles sur la voie de la grève générale qui sont d’ordre stratégique.

Les actions doivent être définies en fonction des buts à atteindre : contraindre les directions syndicales à lâcher du pognon pour les grévistes, les obliger à quitter les concertations avec Macron, les contraindre à construire la grève générale. Pour cela, il faudrait pour cela que les grévistes voulant arracher la victoire se coordonnent et se battent face aux bureaucrates pour mettre en place une direction démocratique de la grève, composée de délégué.e.s élu.e.s par les Assemblées générales. Cette direction aurait alors l’autorité nécessaire pour s’adresser à l’ensemble des travailleurs/ses, pour exercer une pression sur les appareils syndicaux, ce qui nous permettrait de franchir un saut qualitatif dans la mobilisation. Il faudrait alors organiser des actions en direction des sièges des organisations syndicales pour qu’elles se mettent réellement au service de la construction de la grève générale.

Face à un gouvernement de combat déterminé à nous écraser, nous devons constituer un état major de combat, une véritable direction démocratique de la grève qui soit l’émanation des assemblées générales. Nous devons organiser de véritables services d’ordre capables de résister aux offensives policières, ce qui permettra de redonner confiance à notre classe. Nous devons fixer l’objectif d’un blocage effectif de l’économie. Nous devons proposer d’organiser une énorme manifestation nationale qui se dirige vers l’Elysée. En décembre 2018, Macron était paniqué par des milliers de gilets jaunes à proximité de l’Elysée. En ce mois de janvier 2020, si un état major déterminé organisait une immense manifestation en direction de l’Elysée en vue d’obtenir le retrait, avec des centaines de milliers de travailleurs/ses, la peur changerait de camp et nous gagnerions.

Il faudrait un miracle pour qu’il y ait une victoire avec la stratégie actuelle des directions syndicales, un soulèvement spontané de la majorité des travailleur.se.s malgré cette stratégie. Pour se donner une chance de gagner, il est plus qu’urgent de changer de stratégie. La semaine prochaine, un saut qualitatif doit être franchi. Battons nous pour construire une direction alternative de la grève. Le temps est désormais compté.

Ecrit par Gaston Lefranc