Manifestations contre les violences faites aux femmes : la 4e vague féministe est là !

Des cortèges déterminés…

La manifestation parisienne a réuni autour de 100 000 personnes. Sa jeunesse, sa radicalité et sa détermination ont été, à juste titre, beaucoup commentées. Les manifestations, évidemment moins nombreuses, dans les autres régions confirment néanmoins qu’un cap a été franchi dans la construction du mouvement féministe.

A Nantes, par exemple, ce sont quelque 3000 personnes qui se sont retrouvées en centre ville pour une manifestation combative et dynamique contre les violences faites aux femmes. Appelée par un collectif unitaire qui regroupe organisations syndicales et associations institutionnelles, la manifestation n’a pas donné lieu à une division marquée comme l’an passé (où il y avait eu deux marches) mais des appels à des cortèges spécifiques, et notamment un cortège révolutionnaire, ont rendu la manifestation très diverse. Le cortège s’est élancé dans les rues du centre ville au son de slogans permanents, du fameux “anti anti patriarcat” au “so-so solidarité avec les femmes du monde entier” en passant par des slogans sur l’affaire Polanski, ou sur la répression policière. La manifestation a touché son paroxysme quand elle a envahi la gare sncf de Nantes, sous les applaudissements des voyageurs, aux cris de “cheminotes, avec nous !”. Si la question des violences faites aux femmes et minorités de genre était au cœur du mouvement, celle du 5 décembre était également bien présente : collectifs féministes, syndicats, étudiant.es préparent la mobilisation !

A Orléans, le 25 novembre, 500 manifestantEs ont pris la ville à l’appel de NousToutes45, de l’intersyndicale femmes du Loiret et du Planning Familial, alors que le 138e féminicide de l’année a justement été commis à Orléans. Déjà le 23, deux cars étaient montés à Paris pour la manifestation. Une belle mobilisation, massive, déterminée et dépassant largement les milieux militants, avec une forte présence d’étudiantes, de lycéennes…

… qui confirment un tournant dans la construction du mouvement féministe

La 4e vague féministe se forme ! Le 23 novembre et les jours qui ont suivi ont marqué un tournant dans l’organisation du mouvement féministe en France : ce sont plus de 150 000 personnes qui se sont retrouvées dans la rue pour dénoncer les violences faites aux femmes. Si on retrouve dans les manifestations la diversité du mouvement féministe, à travers les différents cortèges qui se sont constitués à Paris mais aussi dans d’autres villes, la détermination du mouvement et l’infléchissement d’un certain nombre de revendications montrent que certains enjeux ne font plus débat : “État coupable, Justice complice”, ont scandé tous les cortèges. Les violences systémiques sont reconnues et la lutte s’organise.

Les collectifs féministes sont nombreux à s’être emparés de la mobilisation du 5 décembre également et à avoir porté ces revendications lors du mouvement. Le projet de réforme des retraites, s’il s’annonce catastrophique pour toutes et tous, touchera davantage les femmes dont les carrières sont plus marquées par les temps partiels, les interruptions, mais aussi par les inégalités de salaires, les emplois précaires… Le 5 décembre sera aussi féministe !

Alors que les mobilisations sont de plus en plus massives à l’international, comme en Algérie, au Chili, en Espagne… ce mouvement doit nous servir de point d’appui pour construire la grève des femmes.

Renforcer le féminisme lutte des classes

Pour la manifestation parisienne, le collectif Nous Toutes avait annoncé que la sécurité de la marche serait assurée par la Préfecture de police de Paris. Un vrai problème, quand on sait que sur la question même des violences faites aux femmes, le rapport aux forces de police est plus que problématique : comment se sentir protégé.e par la police quand on sait le mépris avec lequel les plaintes pour viols, agressions, harcèlements, sont considérées – quand elles le sont ? Comment se sentir en sécurité quand les forces de l’ordre lancent des insultes lesbophobes, transphobes, ou islamophobes dans la rue ou dans les manifestations ?

Bien sûr que le droit de manifester nous importe, et bien sûr que la sécurité de chacun.e est primordiale, mais c’est vite oublier que depuis des années, c’est notre droit même de manifester que nous rejouons à chaque manifestation : répression policière, tirs de LBD, grenades lancées à bout portant. Le mouvement social ne compte plus ses blessé.es tant elles et ils sont nombreux.ses et pleure ses mort.es.

Faire assurer la sécurité de la marche par la Préfecture de police, c’est de fait exclure les manifestations féministes du mouvement social en opposant une marche “pacifique” à un mouvement violent. Alors même que les femmes sont nombreuses à porter le gilet jaune, alors même que la violence de la classe dominante s’abat sur elles avec une force édifiante, il est urgent de travailler aux liens entre domination de classe et domination sexiste, pour construire un féminisme lutte des classes.

Donner corps à nos revendications féministes et à l’auto-organisation du mouvement, ce sera aussi revendiquer l’auto-défense et organiser la protection de nos manifestations !

Ecrit par ARC