Bolivie : A bas le coup d’Etat! A bas les agressions fascistes! Solidarité avec les luttes des travailleur·ses!

21 octobre 2019, Evo Morales s’attribue la victoire au premier tour lors des élections présidentielles boliviennes. Cette décision est contestée par la droite et les secteurs aisés du pays qui descendent dans la rue. Un audit de l’OEA met un avant une série d’irrégularités graves, ce qui force le gouvernement à appeler à des nouvelles élections pour essayer de contrôler la situation. Mais les manifestations ne reculent pas et la police bolivienne refuse de défendre le gouvernement face aux manifestants. Cela va donner confiance à l’opposition de droite et d’extrême droite qui va prendre d’assaut le palais présidentiel, y brûler les symboles indigènes1 pour les remplacer par des symboles religieux2, prendre en otage plusieurs proches du régime, passer à tabac et tondre publiquement une députée, saccager puis mettre le feu aux domiciles des différents membres du gouvernement… Le coup d’État se matérialise avec la demande de démission du président de la part de l’armée. Acculé , le président Morales va démissionner le 10 novembre 2019.

Evo Morales, le premier président indigène de la Bolivie, est arrivé au pouvoir en 2005. D’inspiration bolivarienne et réformiste, son élection représentait l’institutionnalisation et canalisation des luttes des paysan·nes, des indigènes et des travailleur·euses qui avaient connu leur plus grand mouvement en 2003. Depuis son arrivée au pouvoir, il a mené une série de réformes et nationalisations, ayant notamment pour résultat de faire chuter drastiquement le taux de pauvreté, d’accroître massivement le nombre de femmes et d’indigènes dans les instances politiques, tout en développant les services publics. Cependant ces réformes restent très modestes au regard des ressources du pays. Mais avec la chute des mobilisations sur lesquelles il s’était appuyé pour arriver au pouvoir, le parti multiplie les concessions : tout d’abord en étouffant et réprimant les mouvement sociaux qui demandaient un changement plus profond du pays; puis, avec le soutien de la bourgeoisie terrienne de Santa Cruz, en tolérant la déforestation massive ou en levant plusieurs lois restrictives sur l’exportation de viandes et en permettant l’importation d’OGM ; Ensuite avec le soutien de la bourgeoisie minière et de l’impérialisme, en cédant notamment des mines de lithium (principale ressource rare du pays) à une multinationale allemande en lien avec Tesla ; mais également au sein même du parti, où le MAS a accepté en tant que sénateur·rices ou candidat·es plusieurs grand·es propriétaires, et a fermé les yeux sur plusieurs affaires de corruption… Toutes ces politiques mortifères sont en partie responsables d’une perte de confiance en Morales, expliquant la chute électorale de 61% à (selon le régime) 45% en 5 ans.

50 ans après Allende, la Bolivie semble devenir une nouvelle illustration de l’impasse stratégique du réformisme en Amérique Latine. C’est d’ailleurs vers l’armée que s’est d’abord tourné Morales, en multipliant les hausses de salaires et achats d’équipements, en promettant une nouvelle élection et en cherchant une porte de sortie constitutionnelle… Mais alors que les derniers généraux lui tournaient le dos (le poussant à fuir au Mexique), c’est bel et bien des travailleur·euses qu’est venue la contre-offensive : Ainsi des milliers de paysan·nes indigènes sont descendu·es vers la capitale au cri de “maintenant oui, la guerre civile !”, des ouvrier·ières ont également bloqués plusieurs mines et routes du pays, et les syndicats ont menacés de mettre en place leur propre police. Mais les secteurs aisés du pays s’organisent en bandes fascistes, agressant physiquement (et non plus symboliquement), les paysan·nes indigènes, montrant leur fort racisme. Ce sont ces bandes que la police bolivienne a refusé de réprimer.

Face à eux, les putschistes semblent encore divisés… D’un côté la droite traditionnelle et la bourgeoisie minière, représentée par l’ancien président Carlos Mesa, qui cherche une sortie constitutionnelle à la crise avec l’aide de l’OEA3. De l’autre, l’extrême droite catholique et la bourgeoisie terrienne de Santa Cruz, représenté par Luis Fernando Camacho, qui souhaite la mise en place d’un gouvernement militaire. Ce sera peut-être un gouvernement de coalition qui sortira de cette crise, qui aura à coeur de réprimer la contre-offensive des travailleurs, de briser les organisations syndicales, et de balayer les différents acquis en terme de partage des richesses, de droits des femmes et des indigènes, le tout sous le regard bienveillant des Etat-Unis4.

La situation est encore très incertaine mais recèle de graves dangers pour les travailleur·ses de Bolivie si les putschistes parvenaient à s’installer au pouvoir. Nous leur témoignons notre pleine solidarité internationaliste. Ils et elles luttent pour arracher une fois pour toute leur pays des mains de l’impérialisme et de la bourgeoisie bolivienne, et ce combat est aussi le nôtre. Hasta la victoria siempre !


  1. Le “wiphala”, drapeau indigène, brûlé devant le palais présidentiel : https://www.nouvelobs.com/monde/20191112.OBS20984/en-bolivie-le-wiphala-drapeau-des-indigenes-est-attaque-apres-le-depart-d-evo-morales.html [return]
  2. Luis Camacho, agenouillé devant la bible, affirmant vouloir “rendre le pouvoir à dieu” : https://f.i.uol.com.br/fotografia/2019/11/10/15734369235dc8bdfb4c038_1573436923_3x2_xl.jpg [return]
  3. Organisation de Etats d’Amérique, dont le siège est à … Washington. [return]
  4. Plussieurs enregistrements montrerait des liens entre les putschistes et les services de renseignements américains : http://hilodirecto.com.mx/divulgan-16-audios-de-golpistas-bolivianos-ligados-a-eu/ [return]

Ecrit par Nev